Mauritanie : L’ex-Général putschiste Ould Abdel Aziz sur les rails d’une présidence à vie

mer, 08/02/2017 - 14:26

Le Rénovateur Quotidien - Dans nos publications "Etudes Mauritaniennes" en 2015 et 2016, respectivement intitulées « défiguration et retouche d’image ou la solitude d’un chef » et « le moment de vérité : de la tentation au péché »,

nous pressentions, non sans une vigilance amusée, les atermoiements du dirigeant mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz concernant la modification de la Constitution.

A quelques jours du référendum de révision prévu le 5 août 2017, le Chef de l’Etat peaufine un dessein plus substantiel, bien au-delà des articles à amender.

La consultation référendaire ne vise qu’à éprouver, grandeur nature, la combativité des acteurs nationaux, la réaction des partenaires étrangers et la stabilité des rapports de force, en vue de la réalisation du seul objectif auquel Ould Abdel Aziz voue désormais sa vie, et, peut-être, la pérennité de la Mauritanie. Le terme « répétition générale » traduit assez l’enjeu et résume le défi.

A l’écouter sur ce chapitre des plus ambigus, le Président de la République, l'ex-général putschiste, confirmait sa résolution à respecter, sous peine de s’exposer au parjure, la limitation de deux quinquennats consécutifs, en vertu de l’article 28 de la loi fondamentale. Suite à une série de déclarations rassurantes en réaction au zèle de certains de ses ministres, il recueillait, le 10 octobre 2016, le compliment de l’Ambassade des Etats unis d’Amérique.

La rumeur semblait désormais hors d’usage, malgré le scepticisme de quelques fâcheux. « Ould Abdel Aziz est homme de parole, il n’oserait s’accrocher au fauteuil, comme un potentat arabe ou prétorien des tropiques », aimaient à se persuader les candides.

Pourtant, premier augure funeste, désavoué, le 17 mars, par le Sénat issu de sa propre majorité, le gouvernement décide de passer outre la « traîtrise » de la chambre haute et décide un coup de force par un suffrage universel, une esquive de peu d’élégance que la Constitution ne prévoit. Pourquoi donc - s’interrogeaient les esprits chagrins – déploie-t-il tant d’opiniâtreté à organiser un référendum, coûteux et discordant, sur des questions d’un intérêt aussi secondaire ? Ici, le soupçon pointe son museau instruit, à mesure que se précise la campagne d’incitation à voter oui.

De sous-entendus en assertions explicites, les promoteurs de la réforme, tous acquis au chef de l’Etat, disent maintenant leur détermination à perpétuer le pouvoir de Ould Abdel Aziz; ils s’expriment, à nouveau, avec de moins en moins de vergogne. Le chef de l’Etat ne commente ni opine ; il se mure dans le silence et s’en tient, pour le moment, à ses propos antérieurs sur le respect du serment. Or, c’est dans ce partage de rôles que le référendum du 5 août prend son sens jusqu’ici occulté.

Début juillet, lors de l’une de ces tournées d’enfumage que les pouvoirs d’Afrique consentent au cheptel humain des hameaux et villages, le Premier ministre, Yahya Ould Hademine plaidait, auprès d’un public converti, la continuité du Président Ould Abdel Aziz, au sommet de l’Etat, après 2019, année d’expiration de son second et ultime mandat. A l’inverse des tentatives précédentes, celle-ci ne suscita de réaction officielle. Quelques jours plus tard, s’engouffrait dans la béance ainsi rouverte, le ministre des Finances, Mokhtar Ould Diay, un multirécidiviste de l’appel à s’incruster.

Si le référendum s’achevait sans trop de casse ni abstention excessive, le pouvoir estimerait avoir réussi le test de ses audaces à venir ; modifier la loi fondamentale pour faire abroger le verrou de la défense d’usurper la magistrature suprême, reviendrait un calcul rentable, à portée de bourse, dirait-on dans le langage universel de l’Epicerie. Or, quand bien même Mohamed Ould Abdel Aziz s’aventurait à briguer encore la fonction, il rendrait aussitôt légitime, aux yeux de beaucoup d’acteurs et d’observateurs, toute violence, conçue et exécutée pour contrarier ses ambitions.

Nul ne s’offusquerait, alors, de le voir mordre la poussière de sa témérité. Le 29 juillet, l’ex-général fait tomber le masque en déclarant : « La Constitution mauritanienne contient plusieurs paragraphes de l’époque coloniale qui exigent amendements ». Selon lui, cela nécessitera, deux, trois ou cinq ans pour que notre Constitution soit apurée et rendue conforme à notre société.

L’expérience sert à se prémunir mais il est des hommes qui, n’en faisant pas usage, le paient cher très souvent. À moins d’un miracle de longévité ou d’un scrupule de dernière minute, face à l’évidence du suicide.

Études Mauritaniennes, Août 2017

CRIDEM