| SEMINAIRE INTERNATIONAL PER-ESCLAVAGES/ |
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Depuis quelques années le thème de l’esclavage est revenu en force dans les études en sciences sociales et humaines. La problématique a pris une ampleur telle que les gouvernements de plusieurs pays ont adopté des lois criminalisant l’esclavage ou pris des décisions de « mise en mémoire » de cette pratique séculaire. Au-delà de ces aspects, il faut signaler, comme l’ont fait d’autres, que l’historiographie africaine a peu pris en charge cette question. Si la complexité de l’étudier est évoquée pour justifier cette attitude, il est légitime de se poser la question de savoir si l’attention des chercheurs n’a pas été plutôt attirée par la traite atlantique des esclaves. Les chercheurs ont largement « profité » de cette histoire traumatique pour mener un double combat : d’abord celui de l’écriture de l’histoire de l’Afrique en rapport avec l’Occident et ensuite l’occasion d’imputer à ce dernier tous les retards constatés sur le continent dit noir. Cette perspective cache mal la réalité interne de cette pratique dans le continent et des relations entre non seulement les différentes couches sociales mais aussi entre ethnies.
Il faut rappeler que l’institution de l’esclavage est vieille comme le monde. Beaucoup de sociétés à travers le monde ont connu cette forme d’organisation dans laquelle des êtres humains privés de leur liberté sont réduits à servir, se soumettre et obéir à leurs semblables. Ils répondaient à l’ensemble des exigences et des conditions d’assujettissement dans lesquelles ils vivaient. Ils ne jouissaient pas de leur être car dévalorisés et réduits à la bestialité ; exécutant les tâches les plus ingrates de la vie quotidienne. Les sociétés africaines en général et sénégambiennes en particulier ont continué durant des siècles à fonctionner au rythme qu’imposait cette pratique sans qu’aucun acteur social interne ne puisse contester cet ordre des choses devenu comme naturel. Le séminaire, en revenant de manière succincte sur cette longue histoire, tentera de définir les modalités qui conduisaient à l’asservissement et à l’affectation à des tâches particulières que cette catégorie, non « intégrée » de manière organique dans les sociétés qui les « cueillaient », devait exécuter. L’un des aspects majeurs que le séminaire souhaite interroger est la profondeur de ce stigmate et les traces qu’il a laissées à travers l’histoire. Pourtant, cette dernière est en phase de réécriture insoupçonnée par les acteurs eux-mêmes, mais cette réécriture des cadres sociaux reste mal informée et très marginale dans les études qui se publient à ce jour. Enfin, le séminaire se veut interactif et réunira non seulement des chercheurs mais aussi des acteurs de la société civile qui investissent leurs efforts dans l’éradication totale de cette pratique encore prégnante dans quelques pays du continent africain et des individualités qui peuvent témoigner de son actualité.
Objectifs Le séminaire international, « Histoire, mémoires et actualité de l’esclavage en Afrique », se fixe entre autres objectifs de réunir des chercheurs, étudiants et acteurs sociaux pour croiser leurs regards sur la question de l’esclavage qui ne finit pas encore d’alimenter les débats à travers le monde. En effet, le renouvellement des études sur la question de l’esclavage interne mérite d’être examiné et diversement informé pour permettre des analyses pertinentes sur cette histoire souvent dissimulée à cause des charges négatives qui la structurent. Et pourtant, malgré l’évolution des mentalités, l’introduction de nouvelles modalités organisationnelles et les changements dans les modes de vie, l’extraction sociale des uns et des autres demeure quand il s’agit de compétition électorale entre autre et de l’effectivité d’accès à la dignité humaine que ce soit dans les villages ou dans les villes. C’est donc cette « mémoire têtue » que le séminaire souhaite aborder.
Axes de recherches Pour y parvenir le séminaire suggère quelques axes principaux : - Revenir de manière succincte sur la diversité insoupçonnée des situations d’esclavage en Afrique et en Sénégambie ; - Analyser les mécanismes complexes qui ont conduit les hommes à recourir à cette pratique afin d’en appréhender les multiples fondements ; - Etablir une taxinomie informative à partir des études de cas concrets selon les aires géographiques afin de saisir les différentes déclinaisons de l’esclavage ; - Chercher à comprendre les « esclavages » à travers les divers usages sociaux qui leur sont associés, les silences et les zones d’ombre qui les constituent ; - Rendre compte de la complexité des cas d’esclavages selon les sociétés et la culture qui les sous-tend ; - Faire une biographie (carte d’identité sociale) des mémoires qui résultent de cette pratique afin de saisir comment le discours historique se construit autour de cette question ; - Faire un parallèle entre cette pratique et l’existence des « castes » et autres structures qui rendent les relations interindividuelles problématiques; - Examiner les « mémoires » résultantes et leurs conséquences sur la marche globale des sociétés Il est demandé aux auteurs des textes de se conformer aux différents axes ainsi définis pour aboutir à une étude succincte de ce phénomène, saisir les « substrats psychiques » qui en restent et réfléchir avec les acteurs sociaux sur des modalités pratiques d’accompagner l’éradication des stigmates qui rendent la motricité des sociétés problématique. « Histoire, mémoires et actualité de l’esclavage en Afrique » Dakar, 29-30 Mars 2011 Lieu : FASTEE DEPARTEMENT D’HISTOIRE (FLSH/UCAD)
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| Lundi, 21 Mars 2011 18:58 |
Argumentaire