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Jeudi 05 mai, l’UFP a organisé a l’ancienne maison de jeunes deNouakchott une conférence débat intitulé : « Economie mauritanienne, entre le discours vertueux et la réalité gabegique. »
Plusieurs hommes politiques et de la société civile ont assisté a cette conférence débat. La présence la plus remarquée a été celle de Ahmedou Ould Abdallahi, ancien diplomate onusien. La première communication a été faite par Assane Soumaré, ex ministre UFP du gouvernement de Sidi Ould Cheikh Abdellah,
Lire l’intégralité de cette communication. «A notre avis, la situation gabegique, malgré le discours vertueux qui l’entoure transparait clairement dans trois aspects : Au niveau de la gestion princière des finances publiques.
Tout le monde connait l’histoire des 50 millions de dollars octroyés par l’Arabie Saoudite pour assister la Mauritanie en matière de sécurité. Bien que l’on reconnaisse avoir utilisé ce montant, on n’admet pas jusqu’ici de donner le contenu réel de cette utilisation pour permettre aux citoyens ou a leurs représentants d’exercer leur pouvoir de contrôle.
Toujours, au sujet de la gestion princière des finances publiques, il y a la présentation des lois des finances. Nous avons assisté l’année dernière à la présentation d’une loi rectificative des finances au mois de décembre. C'est-à-dire après la date légale de clôture de beaucoup d’actes budgétaires, qui, parcequ’étant clôturés, ne peuvent plus admettre une loi rectificatives.
Nous avons vu également des décisions importantes prises en matière de création de cités nouvelles, qui entrainent évidemment des dépenses financières importantes, sans l’avis du parlement. C’est simplement parce que c’est une gestion princière. C’est le prince qui dispose des moyens, qui n’a pas besoin de l’approbation, encore moins, du contrôle du parlement.
Il y a un autre exemple, c’est la signature du décret d’avance relatif à la stabilisation des prix, 09 milliard d’ouguiyas. C’est deux mois après que l’on présente le décret à la signature.
Le deuxième aspect qui montre cette gestion gabegique, c’est la situation catastrophique d’entreprises publiques stratégique, stratégiques au plan économique et social. Ce sont des entreprises chargées de fournir les services et les produits de base aux populations, en particulier les plus démunies. Nous allons citer trois cas : Il y a d’abord la SOMELEC.
Avant la transition, le déficit de cette société était de trois milliards d’ouguiyas. Pendant la transition, ce déficit est passé à 19 milliards d’ouguiyas. Aujourd’hui, après une grande campagne contre la gabegie, le déficit de la SOMELEC est passé à 35 milliards d’ouguiyas. Le discours n’a donc rien à voir avec la politique suivie.
Il y a ensuite la SNDE qui, aujourd’hui, a un déficit de 08 milliards d’ouguiyas. Et, enfin, la SOMAGAZ avec un déficit de 19 milliards d’ouguiyas. Ce qui est grave, c’est que ces déficits ne s’arrêtent pas là. Ils sont constitués pour l’essentiel de découverts bancaires, cela veut dire que l’on a financé des investissements avec du courts terme ou le plus court du court terme.
En dehors d’entreprises particulières telle que les grandes surfaces, les super marchés, un tel type de gestion conduit à un déséquilibre financier qui débouche avec une certitude mathématique sur la faillite. Le capital de laSOMELEC qui est de 08 milliards, 635 millions est largement dépassé. (…)
Face à cette situation, que faire ? Ou on va rembourser les banques qui ont accordé ces découverts et on sait comment et avec quelles recettes, ou on va mettre a bas la société. Si on ne rembourse pas les banques on va créer une crise financière nationale car le système bancaire va être atteint avec des créances irrécouvrables.
Si l’on fait un petit calcul, on verrait effectivement que le remboursement d’une telle dette correspondrait à verser 10 fois le montant alloué au projet prioritaire de lutte contre la pauvreté.
Le troisième point qui confirme que le discours vertueux est loin d’être vrai, que ce discours cherche plutôt par des actions démagogiques et populistes a camoufler des choses inavouables, c’est la création d’entreprises publiques. Soyons clair, nous sommes pour la création d’entreprises publiques comme laSTP (société des transports publiques) qui vont permettre aux citoyens de se déplacer, de se désenclaver à un cout moindre.
Cependant, nous avons connu l’expérience de la STPN. La STP a été créée sans aucune étude, sans aucun bilan du passé. Cela veut dire qu’on va créer une société dans des conditions telles qu’elle va devoir aller également en faillite. La STP ferait par an, si elle continue ainsi, un déficit de 600 millions d’ouguiyas par an.
Les billets sont subventionnés et rien n’est prévu au niveau du budget national pour couvrir cette subvention. On fait plutôt appel aux hommes d’affaires en leur demandant de mettre la main à la poche pour venir au secours de bus financés par un prêt de l’Iran et qui, aujourd’hui, avec le manque d’étude et de visibilité, vont tout simplement droit a la faillite.
Le deuxième exemple, c’est Mauritania Airlines. Trois avions ont été achetés dont deux ne seraient pas loin d’être des épaves, bien avant d’avoir l’autorisation de voler, c'est-à-dire le CTA. Au moment ou nous parlons, malgré les inaugurations, la Mauritanie ne dispose pas de CTA. Donc des avions sont achetés depuis plusieurs mois. Ils sont immobilisés avec des couts de gestion chiffrés à presque trente millions d’ouguiyas par mois.
L’UFP lance un appel à tous les acteurs, y compris ceux du pouvoir, pour se pencher sur cette situation et prendre rapidement des mesures pour l’arrêter. Autrement nous allons nous réveiller très tôt dans une situation cauchemardesque. »
Khalilou Diagana
Pour Cridem
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