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Le cri d’alarme est finalement venu de Bruxelles où le Parlement vient d’adopter une résolution jugée «révolutionnaire» par les plus optimistes, «une avancée vers un accord plus équitable» par les plus prudents. Il s’agit de recadrer l’accord de pêche qui lie l’Union européenne à certains pays dont la Mauritanie. Dans ce cadre, et pour la première fois, le Parlement européen précise ses priorités dans le cadre des négociations sur les accords de pêche (APP).
La résolution du Parlement qui date du 12 mai, considère «que la coopération doit être fondée sur l'intérêt mutuel et la complémentarité des initiatives et des actions menées tant conjointement que par chacune des parties en assurant la cohérence des politique». Elle considère que l'accord «a {jusque-là} contribué à une surexploitation de certaines ressources, en particulier pour le poulpe, réduisant ainsi les possibilités de pêche des petits pêcheurs mauritaniens et donnant un avantage concurrentiel à l'industrie de l'Union, en raison de l'accès subventionné dont bénéficient les navires de l'Union européenne».
La résolution insiste dès lors pour que «tout accès à la pêche dans les eaux mauritaniennes pour les navires battant pavillon d'un État membre de l'Union européenne soit fondé sur le principe des stocks excédentaires... si des réductions de l'effort s'imposent, les flottes des pays tiers (UE et autres) qui occasionnent les dommages environnementaux les plus importants devraient être les premières à les faire». Elle exige l’obtention «des données fiables sur les possibilités de pêche et les prises des pays tiers dans les eaux mauritaniennes, de manière à pouvoir identifier toutes ressources excédentaires». Comme elle estime que, «pour les stocks partagés avec d'autres États de l'Afrique de l'Ouest, les niveaux d'accès à la pêche en Mauritanie doivent être négociés en tenant dûment compte des niveaux de pêche dans les autres États».
La résolution «demande instamment à la Commission de veiller à ce que les activités de pêche qui relèvent de l'accord de partenariat satisfassent aux mêmes critères de durabilité que les activités de pêche menées dans les eaux de l'Union européenne, y compris en ce qui concerne la sélectivité» et «de veiller à ce que le code de conduite de la FAO pour une pêche responsable soit respecté, en particulier pour ce qui est de la recommandation d'accorder aux pêcheurs artisanaux locaux un accès préférentiel aux ressources des eaux mauritanienne».
La résolution estime que ces accords «doivent être précédés par un large débat dans les pays concernés, permettant une participation des citoyens, des organisations de la société civile et des parlements nationaux, en assurant ainsi plus de démocratie et plus de transparence».
Au niveau de la compensation financière, le Parlement est d'avis que l'argent payé en guise de compensation de l'accès aux stocks devrait être clairement dissocié du soutien financier accordé au programme d'appui du secteur de la pêche, de manière qu'une réduction des possibilités de pêche n'entraîne pas une diminution des paiements de l'Union en faveur de cet appui, et estime également que le soutien financier doit répondre aux besoins de la Mauritanie en matière de développement durable de la pêche, en particulier en ce qui concerne la gestion (recherche, contrôle, mécanismes de participation des parties prenantes, infrastructures, etc.), comme exprimé dans le cadre de coopération et de développement entre l'Union et la Mauritanie.
La résolution préconise d'autre part «le soutien de l'Union européenne à la construction, aussi rapidement que possible, d'installations adéquates pour le débarquement du poisson sur la côte centrale et méridionale de la Mauritanie, entre autres à Nouakchott, de façon à ce que le poisson capturé dans les eaux mauritaniennes soit débarqué dans les ports nationaux et non en dehors du pays, comme il arrive fréquemment à l'heure actuelle; estime que cela permettra d'augmenter la consommation locale de poissons et de soutenir l'emploi local... Ces améliorations, avec l'enlèvement des épaves et la modernisation du grand port de Nouadhibou, permettraient aux flottes de l'Union européenne d'exercer leurs activités plus efficacement, favoriseraient les flux d'investissement et augmenteraient l'impact de l'APP sur l'économie locale».
Enfin, le Parlement «souligne la nécessité d'être pleinement associé tant au processus de négociation qu'au suivi à long terme des modalités de fonctionnement du nouveau protocole, de manière à respecter les obligations prévues dans le traité FUE d'informer entièrement et rapidement le Parlement; réaffirme sa conviction de devoir être représenté aux réunions des commissions mixtes prévues par les accords dans le secteur de la pêche et insiste pour que la société civile, y compris les représentants mauritaniens et européens du secteur de la pêche, participent également à ces réunions».
La surexploitation des ressources par les bateaux européens participe effectivement à l’appauvrissement des populations vivant de la pêche sur les côtes ouest-africaines en général. Il faut rappeler que plus de 60% des candidats à l’immigration clandestine sont issus des populations de pêcheurs de cette zone. Limiter l’effort de pêche en préservant les espèces menacées et en diminuant l’exploitation à l’échelle industrielle, contribuerait nécessairement à une revivification du milieu naturel et à un retour des populations à une pêche équilibrée.
Aussi faut-il insister sur le débarquement des produits pêchés par les Européens. En dehors des infrastructures qu’il va falloir créer à cet effet, il y a les énormes possibilités d’emplois désormais ouvertes par cette perspective. Certains spécialistes soutiennent qu’avec deux ports de pêches supplémentaires, l’obligation de débarquement créerait près de trente mille emplois. Ce qui est énorme pour un pays comme le nôtre.
Ceci dit, les organisations de défense de l’environnement continuent de dénoncer la surexploitation des ressources des pays faibles qui subissent le diktat de l’UE, selon eux. C’est ainsi que certaines d’entre elles estiment que les accords de pêche avec les pays tiers viennent compenser le «rationnement» de l’exploitation de certaines espèces dans les eaux européennes. L’UE aurait opté pour «la délocalisation d’une partie de ses flottes de pêche», après avoir constaté que 9 espèces sur 10 étaient menacées par la surexploitation dans ses eaux.
Selon Greenpeace, 718 navires de l’UE pêchent à l’extérieur des eaux européennes, dont 100 navires pour la France (14 %). L’Europe assure un quart de ses prises hors de ses eaux, les bateaux industriels opérant dans ces zones étant généralement plus longs que des terrains de football (100 mètres).
Les pêcheurs artisanaux, notamment du Sénégal et de Mauritanie, assistent ainsi à la diminution des stocks de poissons et à la destruction des ressources marines, pillées par des opérateurs étrangers.
Dans le cadre de la Politique commune des pêches, l’Union européenne a mis en place 16 accords de pêche avec des pays tiers, dont 7 avec des pays d’Afrique de l’Ouest. Mais ces accords se font dans une opacité totale, entretenue par des «gouvernements souvent corrompus».
La résolution du Parlement contribuera à atténuer les craintes des organisations de défense de l’environnement. Sans pour autant apporter toutes les réponses adéquates aux questions posées. Encore moins amener au point d’équilibre dans les accords de pêche qui sont souvent présentés et signés à des moments où les pays du sud traversent un moment difficile.
(source : internet) via La Tribune N°549 du 16 mai 2011
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