Les jeunes militants mauritaniens cherchent de nouveaux moyens d'intégrer leur génération dans la vie politique du pays.
Une série de forums publics destinés à recueillir des idées s'est récemment conclue à Nouakchott. Cette conférence de trois jours était destinée à "rassembler les jeunes Mauritaniens sur un terrain commun qui leur permette de passer en revue les problèmes réels auxquels est confrontée la Mauritanie et de diagnostiquer des solutions pour éviter les crises qui secouent la région du Maghreb", a déclaré Gouhi Ould Limam, porte-parole de "Mauritanie demain", qui organisait ces forums du 9 au 11 juin.
Il a ajouté que le pays n'est "pas immunisé" contre les agitations qui balaient la région par suite de ce qu'il a appelé "l'absence d'un mécanisme officiel de rotation pacifique et démocratique des pouvoirs, qui permette à chacun de participer".
Ould Limam a expliqué que "Mauritanie demain" espère "organiser le mouvement des jeunes et faire sortir ces derniers du chemin de la violence qui pourrait agiter la Mauritanie à tout moment parce que le peuple est tendu, et parce que les pressions provenant du régime ne font qu'exacerber cet état".
"La Mauritanie a besoin de solutions qui impliquent une approche nationale respectueuse des constantes et qui reconnaisse la situation que connaissent actuellement les sociétés arabes", a expliqué le coordinateur de Mauritanie demain, Cheikhna Ould Cheikh Bouye.
Pour lui, l'heure est venue de trouver "un nouveau mécanisme par le biais duquel la jeunesse mauritanienne pourra s'impliquer dans les affaires publiques, contrairement à ce à quoi elle a été habituée par le passé".
"Au sein de cette coalition, nous avons conscience de l'ampleur des responsabilités qui pèsent sur les épaules des jeunes élites", a-t-il ajouté. "Nous travaillerons donc à sortir les jeunes de la distraction et de l'oubli. Nous nous efforcerons également de colmater les brèches résultant de l'absence d'un esprit de dialogue et de la tendance à initier des batailles d'intimidation."
Les jeunes sont revenus de ces forums porteurs de nombreuses recommandations. Ils se sont attachés à la nécessité d'impliquer les jeunes dans les processus de décision, de donner à l'intérêt public la priorité sur les visées étroites, et de mettre en place un climat qui incite au dialogue.
Pour leur part, les jeunes membres de la Coalition du 25 février ont été très présents lors de cette conférence, en exprimant leurs points de vue sur la réalité que connaissent les jeunes d'aujourd'hui.
Ce rassemblement était "une occasion d'entendre des opinions différentes et de présenter notre vision pour apporter une solution aux problèmes de la jeunesse", a déclaré Abdellahi Ould Beye, l'un des dirigeants du Mouvement du 25 février. Il a résumé les objectifs de son groupe, à savoir la lutte contre le chômage, le rejet de la marginalisation des jeunes, et l'octroi de droits économiques et sociaux au peuple mauritanien.
"C'est la dernière chance que nous donnons au régime", a ajouté Ould Beye. "Si nos propositions ne sont pas prises sérieusement et efficacement en considération, nous lui demanderons de partir. Nous continuerons de nous en tenir à nos propositions jusqu'à ce que nos objectifs aient été atteints."
D'autres groupes de jeunes ayant participé à ces forums ont reconnu le danger lié à l'exclusion des jeunes des affaires publiques. La marginalisation des jeunes "pourrait avoir des conséquences négatives et radicales sur la stabilité et pourrait entraver le développement", a averti Mohamed Yahya Ould Bekay, le président de l'Association Unité et Progrès.
"Mais j'adresse également des reproches aux jeunes, parce qu'ils jouent parfois un rôle dans leur propre exclusion en refusant d'assumer leurs responsabilités, en ne consentant aucun sacrifice, en acceptant des demi-solutions, et en n'accordant leur attention qu'à des activités politiques "saisonnières" en faveur d'une personne ou d'un groupe, même si cela se fait au détriment de l'intérêt public", a-t-il conclu.
Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott |