Chef de l'opposition: Un nouveau statut pour "casser Ahmed Daddah", selon Ould Bettah(Interview) |
ALAKHBAR(Nouakchott)- Reconnaître la diversité culturelle de la Mauritanie, c'est important et symbolique. Mais ce n'est pas là le problème qui cause les défaillances au pourvoir et à l'unité nationale. C'est plutôt le sentiment de nos compatriotes de la vallée qui ne sont pas citoyens à part entière, a déclaré Me Mahfoudh Ould Bettah, président en exercice de la coordination de l’opposition démocratique lors d'une interview accordée à Alakhbar. Alakhbar: Comment appréciez-vous une réforme du statut du leader de l'opposition? Me Mahfoudh Ould Bettah: Je trouve ça tout à fait ridicule. Que le chef de file de l'opposition soit un élu municipal, un député ou un sénateur, je trouve ça tout à fait dérisoire. Certains n'hésitent pas à y voir une volonté de casser Ahmed Daddah. Je ne sais pas au profit de qui, mais ce n'est pas cela l'essentiel ni objet de débat. Le problème de l'opposition n'est pas dans le fait que son chef de file soit un élu ou pas. Le problème est plutôt dans la tête de ceux qui nous gouvernent. Il faut qu'ils acceptent que pour une démocratie il faut une opposition. Quand ils seront résolus que l'opposition est un acteur irremplaçable de la démocratie, en ce moment-là, nous trouverons des solutions et nous accepterons de discuter des véritables problèmes du pays.
Alakhbar: Estes-vous persuadé que l'armée se retirera de la scène politique? Me Ould Bettah: Malheureusement non. Le régime en place est un régime militaire. Il s'appuie fondamentalement sur l'armée ou sur une partie de celle-ci. Il n'a pas l'intention de se séparer de ce soutien là. Il ne croit pas à sa légitimité populaire. Sinon, il aurait renvoyé le Basep à la structure nationale de l'armée. Par contre, il a besoin de son Basep pour le défendre contre le reste de l'armée. Je pense que même dans son propre esprit à lui, l'armée ne sera pas neutre. Je n'y crois pas personnellement tant qu'il n'y a pas eu un débat de fond sur cette question, et tant qu'on n'aura pas porté au pouvoir des présidents élus et que l'armée accepte à se soumettre à leurs ordres. Alakhbar: Quelle est votre réaction par rapport à la criminalisation des coups d'Etat? Me Ould Bettah: Je pense que ça ne sert à rien du tout. Les coups d'Etat et atteinte à la sûreté de l'Etat sont déjà punis par le code pénal dans ses articles 83 et suivants. Je pense que c'est démagogique tout simplement. Et si c'est pour assurer la neutralité de l'armée, ce n'est pas un moyen intéressant ni opérant. La neutralité de l'armée doit être assurée par l'application des lois. En outre, elle doit être assurée par un dialogue entre la classe politique et la hiérarchie militaire pour que celle-ci sache bien quelle est sa mission, et cesse de s'imposer au pays à travers des coups d'Etat. Alakhbar: Que vous inspirent les autres réformes constitutionnelles proposées à l'issue du dialogue national? Me Ould Bettah: Sur le statut du président de la république, Il n'y rien de nouveau. Au contraire ses pouvoirs qui étaient déjà exorbitants n'ont pas été entamés au profit du Premier ministre. Pourtant cela était une demande essentielle. Concernant les modifications constitutionnelles ou les réformes constitutionnelles comme ils les appellent notamment le fait de reconnaître le diversité culturelle de la Mauritanie. C'est important, c'est symbolique. Mais ce n'est pas là le problème qui cause les défaillances au pourvoir et à l'unité nationale. C'est plutôt le sentiment de nos compatriotes de la vallée qui ne sont pas citoyens à part entière. C''est ce sentiment-là qu'il faut réparer. Il faut que chacun de nous dans ce pays se sente citoyen. Vous savez, c'est le résultat en fait de régimes despotiques et militaires qui ont joué les divisions; en faisant croire à chaque composante de ce pays qu'elle n'a d'ennemis que les autres. Il faut que cela cesse. Il faut que le régime militaire cesse. Il faut que nous construisions une véritable démocratie et que chaque citoyen mauritanien se reconnaisse dans cet Etat; qu'il ait les mêmes droits et qu'il soit soumis aux mêmes devoirs. C'est cela qui donne sa véritable dimension à l'unité nationale et à la diversité. Concernant l'esclavage, il est déjà réprimé par les lois. Il faut les appliquer tout simplement. Si on élève l'interdiction de l'esclavage au niveau constitutionnel c'est aussi symbolique, mais ce sont les lois ordinaires qui sont applicables et non les dispositions constitutionnelles. La constitution ne dira pas que celui qui pratique de l'esclavage encourt une telle peine la peine telle. Non C'est la loi et le code pénal. Il faut s'attacher donc à exécuter les lois de l'Etat. source: Al Akhbar.info |
Dimanche, 23 Octobre 2011 09:24 |