Yacoub Ould Moine, ancien député RFD : ‘’L’objectif du forum est de trouver un consensus pour sortir de l’impasse où se débat le pays’’ |
Yacoub Ould Moine : Le forum est très important, il requiert la participation de tout monde, mais il s’est posé un problème, au niveau de son organisation. Il se trouvait que le bureau exécutif du parti devait se réunir pour d’autres questions. On en a donc profité pour le saisir de ce problème et il en a débattu. Dieu merci, les organisateurs se sont rattrapés, tout est finalement rentré dans l’ordre. Ce n’était, donc, qu’un problème d’ordre purement technique. L’objectif des uns et des autres étant le même – parvenir à un consensus – le forum s’est tenu à la date prévue, avec le RFD.
- Certains disent que le RFD avait pris cette décision parce qu’il suspectait la main du pouvoir, après la rencontre entre le PM et Ould Maouloud ? - Pas du tout. Je vous ai dit qu’il ne s’agissait que d’un problème purement technique, au niveau des organisateurs qui ont fini par rectifier le tir. Ould Maouloud est président d’un parti politique souverain de ses choix, nous respectons son point de vue. D’ailleurs, il avait saisi les présidents des partis de la COD, pour les aviser de sa rencontre avec le Premier ministre où se discuteraient, éventuellement, des conditions de la COD, quant à la présidentielle. Je vous le répète, ce n’était qu’est un petit problème, vite dépassé.
- Qu’est-ce qu’à votre avis, le Forum va apporter de nouveau, dans la pacification de l’arène politique mauritanienne ? - L’objectif du forum est de trouver un consensus, engageant l’ensemble des acteurs politiques, pour sortir de l’impasse où se débat le pays, depuis des années. Comme vous le savez, nous vivons, aujourd’hui, sous une dictature militaire, et cela dure depuis 1978. Le forum doit permettre de tirer les leçons des diverses expériences, bonnes ou mauvaises, qu’on a vécues, pour tourner, définitivement, ces pages douloureuses de l’histoire du pays. C’est à mon avis, le minimum consensuel auquel nous devons convenir, pour en finir avec cette dictature qui pèse, lourdement, sur les populations.
- Quel geste attendez-vous du pouvoir d’Ould Abdel Aziz, au terme de ce forum ? - Permettez-moi d’argumenter un peu ma réponse. Nous sommes à la veille d’une présidentielle. Nous sommes convaincus qu’il est pratiquement impossible d’y battre Ould Abdel Aziz, tant qu’il dispose de tous les pouvoirs. Ceux-ci s’architecturent en quatre cercles. C’est, tout d’abord, lui qui nomme, destitue, donne le travail, contrôle tous les leviers économiques du pays. Il a, donc, tous les pouvoirs et moyens et en fait usage, en entravant la loi et la Constitution. Il use de toutes les institutions de l’Etat, pour gagner les élections et, de ce fait, il est difficile de la battre, même s’il y a transparence. Deuxième cercle : si l’on parvient à sortir du premier, il y a la CENI, susceptible de reformater les chiffres pour le faire gagner. Le troisième cercle, c’est le Conseil constitutionnel qui peut, lui aussi, corriger les résultats en sa faveur. Quant au quatrième, qui vient couronner le tout, c’est celui des militaires dont le bras armé est le BASEP qui aura, lui aussi, son mot à dire sur les chiffres. Pour battre Aziz, il faut donc briser tous ses cercles, ce qui n’est pas gagné d’avance. Curieusement, certains croient qu’on peut facilement briser ces cercles, alors qu’ils sont tous reliés les uns aux autres. Pour les briser, l’opposition n’a que deux options : rassembler le maximum de Mauritaniens autour du refus de la dictature, c’est le travail des partis politiques, qui n’exclut pas la recherche d’une solution négociée, avec le pouvoir, un accord consensuel, pour l’organisation d’une élection transparente, donnant l’impression, aux Mauritaniens que les quatre cercles ci-dessus énumérés peuvent être brisés et que leur choix sera respecté. La deuxième voie, c’est la lutte. Mais le problème, c’est qu’au sein de l’opposition, au niveau même de certains partis qui luttent pour une alternance pacifique, des voix s’élèvent pour dire que les conditions de transparence ne doivent pas être des préalables, pour participer aux élections. Ce genre de discours met l’opposition dans un rapport de force défavorable. Le forum doit, justement, canaliser ce genre de positionnements, faire en sorte que tous se rassemblent autour d’un seul objectif : sortir la Mauritanie de son impasse actuel.
- Et si le pouvoir rejetait les recommandations issues du Forum ? - Je pense, pour ma part, qu’Ould Abdel Aziz a deux façons de voir, si j’en crois l’expérience que nous avons de lui. Soit il fait semblant d’accepter, sans jamais cependant s’y résoudre, parce qu’il ne respecte pas ses engagements. Je pense qu’il va partir dans cette voie, donner l’impression qu’il va négocier, alors qu’il ne le fera pas, en définitive. Oui, c’est à cela qu’on peut légitimement s’attendre. Soit il choisit de tout ignorer, comme il l’a souvent fait, jusqu’ici. Une sorte de fuite en avant. Dans les deux cas, il faut que les forces politiques, les patriotes, c’est-à-dire ceux qui se décarcassent pour le bonheur de ce pays, redoublent d’efforts, sans cesser de s’inspirer des expériences passées, et travaillent, dur, pour surmonter les obstacles et imposer un rapport de force en faveur du changement.
- L’idée d’une candidature unique fait son petit bonhomme de chemin, au sein de l’opposition. Le RFD accepterait-il un tel candidat qui ne soit pas issu de ses rangs ? - Question très pertinente, merci de me l’avoir posée. Je puis vous affirmer, au nom d’Ahmed Ould Daddah, au nom de l’ensemble des militants du RFD, que, si les conditions de transparence sont réunies et acceptées de tous, pour la prochaine présidentielle, et si les forces du changement estiment qu’il y a un candidat capable de sortir le pays de sa situation actuelle, nous serons les premiers à le soutenir.
Propos recueillis par Dalay Lam Source: Le Calame
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Lundi, 10 Mars 2014 12:35 |