Nouakchott est sale et le demeure. Devons nous vraiment subir sans mot dire sa dégradation? Faut-il laisser ainsi sombrer dans la vulgarité la tâche la plus noble qu'est la propreté ? La population laissera-t-elle s'accomplir sans protestation un acte aussi vil, dont le seul but consiste de chercher à protéger certains « Politicards » ? Nouakchott nous appartient tous. Nous ne devons pas souffrir que ce patrimoine commun de beauté soit concédé à quelques uns pour en faire un objet de lucre.
Nous sommes certains que tout vrai Mauritanien saura comprendre la pressante nécessité de réagir contre cette hideuse situation que le Journal Assiraje a saisi pour vous faire ce reportage :
Qui est responsable ?
Selon Mr Hamdy Sy Administrateur à la retraite «Il n'y pas à aller par les quatre chemins. Ce sont toutes les autorités qui se sont succédées ici qui sont responsables. Qui de 1960 à 2010 a jamais pensé à un assainissement digne de ce nom. Des conduites d'évacuation d'eau usée ont été effectuées en 1964. Et d'ailleurs elles existent toujours mais à quelle utilité. Le pouvoir actuel s'accentue sur la construction des routes. Mais c'est une grosse erreur de s'attaquer à des infrastructures sans penser à ce qui les protège demain. Je ne suis pas contre qu'il puisse exister d'autoroutes, de ponts, d'échangeurs à Nouakchott ; mais où passera l'eau des pluies ? Souhaitons de ne pas être exposés aux mêmes situations qu'au Pakistan » L'autorité à vrai dire a un mépris égal pour le goût de ses concitoyens et pour la nature sereine. Sinon qu'elle est l'utilité des communes, des Ministères d'Environnement et d'Assainissement ? Pour ce cadre du Ministère d'Équipement «Aucune décision ne peut être entreprise sans l'avis de l'ex Général. Toute initiative se heurte à une résistance qui vient d'en haut. Alors que dans une démocratie, c'est au peuple à veiller et à dire: Halte là» Il paraît singulièrement étrange que l'insalubrité caractérisée avec toutes ses conséquences ne préoccupe pas la population. Ce qui les intéresse aujourd'hui ce sont les rangs pour l'acquisition d'une portion de terre. Pour Aziz Professeur de Lycée «Les autorités savent le degré de mentalité des Mauritaniens. Voici pourquoi elles ne se soucient de rien. Tous les évènements qui se passent dans le pays leur sont indifférents. Sinon ces poubelles dormantes, ces eaux stagnantes renfermant toutes sortes de microbes ne font l'objet d'aucune contestation responsable. C'est vraiment malheureux » L'insalubrité est un trésor. Là où elle est sauvegardée s'enrichit l'épanouissement des individus. Malheureusement qu'en Mauritanie et plus particulièrement à Nouakchott, on ne commence pas vraiment par endroit à ressentir vivement les conséquences de ce phénomène avec un service d'hygiène quasiment invisible. Et à Ely Ould Souleymane TS santé d'ajouter «Quel service d'hygiène ? Nous avons plutôt un service d'hyènes qui ne s'occupe que de ses propres poches» Mais ce vieux Agent de ce même service, ne partage pas le même avis que Ould Souleymane qui les accuse d'hyènes «Nous n'avons aucun statut ; cependant que nous déployons tous nos efforts pour dissuader la population. Seulement il faut parfois les comprendre et se ranger à leurs souffrances. Où verser leurs eaux usées si n'est dans la rue ou dans les espaces vides ou encore sur les goudrons que l'autorité semble interdire. Que les pouvoirs pensent à notre statut et trouver une solution adéquate à ce casse tête» Ici à Nouakchott, personne n'échappe aux effets des eaux souillées par les résidus que continuent de déverser n'importe où, les populations. Et toutes sortes d'organismes peuplent ces eaux, entraînant diverses maladies. Au delà de tous ces faits relatifs aux conséquences que nous subissions, les aliments se vendent à ciel ouvert dans les coins de la capitale et surtout au Marché Sebkha «Arrêt Euf» Pour Maimouna Bâ vendeuse de bissap « C'est Allah qui nous protège. Ne soyons pas trop Toubab » Quand à Abdourahmane de la Boulangerie d'à côté « Ni le Gouvernement ni la Commune ne se soucient de cette pourriture. Ils ne font que tromper les gens à la télévision » De l’avis d’Oumar, vendeur de légumes « Une Toyota contenant quelques fûts de produits était passé ici, et ses occupants avaient procédé à quelques pulvérisations qui n'ont même pas tué une mouche. je suis sûr qu'il vont vendre le reste » Peut être est-il prématuré d'essayer de systématiser les idées sur un sujet aussi délicat, pour tirer quelques conclusions lorsqu'elles semblent se dégager d'elles mêmes du peu que nous savons actuellement. L'augmentation croissante de la population de Nouakchott épaulée par la multiplicité de véhicules de tous genres, sans compter les charrettes, rend la vie plus âpre. On vit dès lors des espaces de plus en plus restreints, viciant sans relâche notre environnement. Il est temps que les populations sauvegardent leur idéalisme contre l'indifférence et l'abus, qui feraient disparaître une source saine et reposante de forces réparatrices. Car on peut à la fois tout autoriser, mais laisser un aspect qui ne porte pas les marques de l'anarchie, du non respect des lois d'hygiène et de l'équilibre nécessaires à l'organisme humain. Ce que nous oublions, est qu'un grain d'insalubrité peut se répercuter à l'infini, et s'amplifie de proche en proche, jusqu'à entraîner des conséquences tout à fait hors de proportions. Mais qu'importe à nos gouvernants, dont les membres insouciants sont pour la plus part, peu versés dans les affaires de l'environnement. Nouakchott est polluée dans sa très haute atmosphère. Mais ces variations et cette quantité de pollution, ne font l'objet d'aucune attention particulière des autorités concernées ; à savoir le Ministère de l'Environnement qu'on a crée pourquoi faire ? Un Département de cette importance doit pouvoir s'occuper de cette question, en y introduisant des données numériques précises au lieu de nous contenter d'observations et de discours sans lendemain. « Payer des gens à des centaines de milles d'ouguiya rien que pour venir faire du tourisme dans les bureaux, n'est pas ce qui fera disparaître l'insalubrité à Nouakchott. Quand on est habitué aux vieilles habitudes c'est toujours comme ça. C'est de la misère, de la grosse misère » a lancé M-O-S ancien fonctionnaire. Et à Moussa Cissokho ex étudiant en Espagnol d'ajouter « Le vrai problème n'est certes pas de vaincre l'insalubrité, mais de chercher une meilleure adaptation des moyens de sensibiliser aussi bien les gouvernants que les gouvernés. Si l'autorité est responsable, il n'en demeure pas moins que la population soit innocente à cette situation. Si chacun se sentait sensible à ce fléau, ne pas s'abandonner à soi même et ne pas se montrer inapte que les autres à intervenir à ce fait, quelque chose de positif bougera » Quand à Seydou vendeur de cartes de rechanges, voici ce qu'il pense «Les Oulémas doivent avoir leur mot à dire sur ce sujet. Je n'ai jamais entendu ces derniers en débattre là dessus pourquoi ? » En Mauritanie, l'insalubrité est dans une certaine mesure classée au degré inférieur. Est-il une indifférence ? Une ignorance ? Une habitude ? Une inconscience ? Qu'est ce à dire, sinon qu'elle s'accorde à tout et à rien. Pierre Teilhard de Chardin a dit je cite « La caractéristique essentielle de l'homme, la racine de toutes ses perfections, c'est d'être conscient au deuxième degré. Non seulement l'homme sait, mais il sait qu'il sait. Il réfléchit » Et quand à Nietzsche, il a pensé ainsi « L'individu en face de lui même, ne s'épuise pas. Ce n'est que par opposition à d'autres hommes qu'il arrive à se voir jusqu'au fond et tout entier. Si personnelle et incommunicable soit elle dans son centre et dans son germe, la réflexion ne se développe qu'en commun » La réflexion ne se développe qu'en commun. Retenons ce passage qui n'est tout autre que « L'union fait la force »Si tout le monde ici se communiquait, si tout le monde s'approchait, si tout le monde s'informait, on en arrivera pas à ce stade dégradant de l'insalubrité. Nous nous sommes promenés dans certains coins de la capitale et toujours c'est la même désolation. Des marigots colorés de déchets où gisent parfois des cadavres d'ânes, dégageant des odeurs à faire éclater la cervelle. Et le point qui a plus attiré notre attention, est cet espace situé non loin de la rue « Nekhara à El Mina. Une eau coagulée et multicolore où s'échappe des vapeurs poissonneux. Bocar nous a laissés faire comprendre ce qui suit « Nous avons demandé aux éléments chargés de pomper les eaux de penser à nous, ils nous ont dit que leur mission se limite uniquement au niveau des goudrons. Ceci nous fait donc penser, qu'on préfère préserver les voitures au détriment des personnes » Mais le jeune Issa retoque « Les eaux, ils les pompent partout, mais il faut corrompre » Certaines personnes s'en profitent de cette situation, pour déboucher leurs fosses et laisser filer le contenu dans ces eaux. Mais pourquoi des fosses dans les rues ? Le service du bâtiment, le service d’infrastructures et les services d'hygiène se renvoient la balle. Nous avons saisi un cadre du service du bâtiment qui a préféré garder l'anonymat « Tout propriétaire de terrain n'a que 70 cm de plus devant sa demeure. Il peut construire une fosse mais à l'intérieur de son périmètre et ne laisser que cette dimension indiquée comme bouche pour le débouchage. Mais comme entre les textes et les exécutions il y'a un fossé d'anarchie, tout devient une clandestinité autorisée » Et plus loin, L-S du service d'hygiène nous a fait cette indication « En Mauritanie, rares sont ceux qui savent distinguer propriété privée et propriété publique. Pour certains, les rues sont des dépotoirs où tout est permis. Voici pourquoi nous ne savons plus quoi faire. Si tu pénalises on intervient d'en haut et tu risques parfois ton poste ou être affecté loin de Nouakchott. Nous les employés du service d'hygiène, nous sommes les plus fatigués du monde. Regarde comme nous sommes consumés par le soleil sans avantage aucun. Je sais qu'on nous juge de loin comme des plaisantins plus ou moins apparentés à des racketteurs des pauvres gens. Mais tel n'es pas le cas. Nous tolérons et fermons les yeux sur beaucoup de choses. « L'insalubrité est l'une des valeurs cardinales de l'islam. La pratique de la religion musulmane est strictement liée à la propreté. Propreté du corps, du cœur, de l'esprit et de l'environnement. L'on s'étonne en Mauritanie grenier du savoir religieux, qu'on ne se fixe pas doctement à ce pénible problème » Témoignage de Sidy Mohamed commerçant.
Qu'a fait l'État ?
De tout temps l'État avait essayé de solutionner le problème de l'insalubrité en débloquant des sommes colossales en ce sens. Mais comme le laisser aller l'emportait sur l'engagement, tout échouait sous l'emprise des « budgétivores » Là nous voyons bien qu'il y'a à rappeler par exemple, l'attitude de ces « romantiques » qui n'avaient pour souci que de sombrer d'avantage Nouakchott dans les microbes. Pour combler ce déficit, les tombeurs de Taya et le Gouvernement élu de Sidy Ould Cheikh Abdallah, s'étaient engagés officiellement à signer en 2007 avec le groupe PIZZORNO, un contrat de 112 Millions d'euro soit 40 Milliards d'ouguiya sur une période de 20 ans, pour la collecte des déchets ménagers en Mauritanie et l'exploitation du Centre d'enfouissement de sa capitale. Cette Société s'était fixée de couvrir pour un premier temps 30% des ordures produites par la population du pays estimée à environ 3 Millions d'habitants. Connue sur le plan international par son professionnalisme en la matière, il était prévu qu'elle emploierait au démarrage,600 salariés bénéficiant de tous les moyens pour un travailleur de collecte de déchets. Mais force est de constater aujourd'hui que si elle n'a pas fait échec, le pari reste de loin à être atteint, malgré son impressionnant dispositif matériel et humain. Quelles en sont les unes des causes ? L'on ne le saura jamais du fait que les versions divergent. La Société a bien rempli sa mission soutiennent les uns, qui déplorent le manque de civisme des Mauritaniens qui sont trop plaisantins en toutes choses. La Société n'a pas signé avec l'État la collecte de déchets liquides et de cadavres d'animaux. Mais que remarque t-on ? On trouve dans les poubelles du tout et du tout. Et les points de dépôts d'ordures dépassent de loin ce qui a été prévu. On verse n'importe où et n'importe comment. La Société n'a pas des cameras pour cibler tout ce désordre. Elle emploie plus de mille personnes sans pression aucune. Non retoquent les autres. Le cafouillage de la Société est consécutif aux mouvements de grève qu'observent souvent les travailleurs subalternes, qui sont laissés à leur merci avec des salaires d'environ 30 000 ouguiyas avec tous les risques physiques et sanitaires qui s'apparentent à leur activité. « PIZZORNO nous prend pour des ânes. Les ânes sont même mieux que nous » a martelé cet employé de nuit. En tout état de cause, quelques soient les contestations et les critiques, PIZZORNO ne se plaint pas, avec une facture annelle avoisinant les 100 Millions d'ouguiya à tirer des caisses de la CUN même si cela accuse du temps pour l'empocher
Conclusion
Nous exprimons le vœu que dans tout le pays l'idée de la lutte contre l'insalubrité pénètre de plus en plus dans les masses populaires. Il y'a là une question d'éducation qui est de toute première importance. Il faut que l'État prenne ses responsabilités quitte à ce que dans les écoles, les maîtres s'efforcent à apprendre aux enfants à veiller au dossier de cet épineux problème qui fait le charme d'une capitale. Nous avons constaté qu'un peu partout dans le monde, on se préoccupe de cette question fondamentale ; et nous sommes convaincus que par une collaboration bien organisée, il sera possible d'obtenir des résultats encourageants. Moctar Diakhaté Journal assiraje Hebdo |